brique à broc

virginie pfeiffer Illustration pour enfant, modelage, collage, peinture, dessin, recherches....

28 septembre 2016

"Je n'ai jamais imaginé être un réfugié"

Superbe livre réalisé par la classe de 2ème Bachelier, option illustration ( année académique 2014-2015 ) et les demandeurs d'asile du Centre de la Croix-Rouge d'Ans.

Belle aventure de vie !

Pour ma part, j'ai coordonné le projet en tant qu'enseignante et seulement réalisé la couverture.

couvertureLivre

  "Il y a deux ans de cela, avant que les médias ne mettent en valeur la problématique des migrants, Gaëlle Berthelot ( collaboratrice au centre d'accueil de demandeurs d'asile de la Croix-Rouge d'Ans ) m’envoyait les textes de Bachar, Valéria, Moussa, Méron, Jamal et Walid. Une proposition était faite  aux étudiants d’illustration de l’ESAVL (Académie Supérieure des Beaux Arts de Liège) de dessiner à partir des écrits des résidents du centre de la Croix Rouge d’Ans.

J’ai été très touchée par les récits de vie de ces 6 personnes. En tant que pédagogue, je me suis dit que c’était là une formidable occasion qui se présentait pour éveiller certaines consciences, transmettre la notion de citoyenneté et stimuler des futurs illustratrices et illustrateurs à l’engagement.

En effet, il tient à cœur à l’ESAVL de former des jeunes artistes aux positionnements affirmés mais également des citoyens, créateurs actifs pour la société actuelle et pour celle de demain.

C’est donc avec enthousiasme que j’ai partagé le projet aux étudiants.

Nous sommes allés à la rencontre des résidents et des intervenants sociaux au centre de la Croix-Rouge.

Ce fut un moment extraordinaire. Nous avons été chaleureusement accueilli par Séverine et Gaëlle qui nous ont longuement expliqué ce que signifiait être réfugié, quel parcours administratif devaient effectuer les demandeurs d’asile en Belgique, et quelles étaient leurs conditions d’accueil. Elles nous ont aussi raconté des bouts de leur vécu en tant qu’accompagnatrices de toutes ces personnes en exil, les vies qu’elles ont pu écouter, soutenir et aider.

Bachar, réfugié syrien, était présent ce jour là. Sa présence a bouleversé tout le monde.

En effet, les étudiants n’étaient plus devant des paroles écrites sur du papier mais devant une personne, en chair et en os, qui parlait avec pudeur et sagesse de son chemin de vie, et répondant avec générosité à leurs questions.

Je remercie Bachar car ses propos ont été le déclencheur pour beaucoup d’étudiants, d’une prise de conscience entrainant avec elle l’explosion d’une multitude de clichés et de préjugés négatifs entourant trop souvent les personnes migrantes.

 Suite à cette rencontre, le projet s’est étoffé, prenant des libertés par rapport à la proposition initiale de faire quelques illustrations à afficher dans une caravane destinée à se déplacer en Belgique et diffusant les textes des réfugiés, enregistrés sur une bande son.

Les 15 étudiants étaient enthousiastes à l’idée de réaliser une grande narration commune. Ils ont donc proposé d’illustrer chacun un passage différent  tout en essayant d’accorder leurs langages graphiques pour obtenir un résultat cohérent.

 En peu de temps, les étudiants ont crées comme je ne les avais encore jamais vu faire auparavant : nous quittions le scolaire pour vivre une expérience unique sur le plan artistique et humain.

Ils ont dessiné avec une générosité incroyable. Et beaucoup de respect aussi, n’osant pas au début, se risquer à interpréter les textes des résidents, se laisser aller librement à la création par peur de « trahir » les propos des réfugiés ou encore de ne pas être juste.

C’est aussi à la demande des étudiants que nous sommes retournés au centre de la Croix Rouge. Une matinée de dialogues a donc eu lieue avec les résidents autour des illustrations en cours de création. Ce moment fut intense et fort. Je vois encore les nombreux dessins, étalés sur les tables, le sol, remplissant tout une pièce. Résidents du centre et étudiants en petits groupes, échangeant, discutant, se rencontrant.

 Je me souviens de quelques uns de ces échanges : un résident, pinceau en main, dessinant pour un étudiant la forme de sa maison Soudanaise, des photos de vie que les résidents partageaient avec les étudiants, de cette femme Erythréenne ne parlant pas le français, émue par ces illustrations qui racontaient son vécu et des étudiants tout aussi touchés dans le fait de constater que leurs dessins puissent être si puissants et provoqués autant d’émotions.

Il y a eu des paroles aussi, comme cette étudiante qui a dit « En fait, nous avons de la chance de vivre dans le pays que nous vivons. Ce qui est arrivé aux demandeurs d’asile pourrait aussi nous arriver s’il y avait la guerre, si nous n’étions plus en sécurité. »

C’est par respect pour le travail réalisé par toutes ces personnes que nous avons eu l’envie,  Gaëlle et moi, de ne pas laisser dormir dans un tiroir ces témoignages, dessins et échanges.

L’idée est venue de faire un livre. Mais le casse-tête était de taille puisque nous avions environ 250 dessins avec nous. Qui accepterait de financer et publier un livre aussi volumineux ?

C’est alors que nous avons rencontré Jean-René Olivier (à l’époque Responsable du Service Sensibilisation) et Phillippe Brau, (responsable du programme « Page1 » et de l’Aide au secteur de la BD et de l’Illustration de la Province de Liège) et qui, touchés par l’expérience vécue entre résidents et étudiants et par la qualité des textes et des dessins, ont décidés de soutenir le projet d’un livre.

Un grand merci à Bachar, Valéria, Moussa, Méron, Jamal, Walid et aussi les 15 étudiants. Sans eux ce livre n’existerait pas !

Un grand merci aussi aux acteurs de la Croix-Rouge et de la Province de liège pour avoir permis l’existence en 5000 exemplaires du livre «  Je n’ai jamais imaginé être un réfugié ».

Enfin, je tiens à rappeler l’importance de rester ouvert à la rencontre à l’autre, à cet étranger si semblable que nous sommes tous les uns pour les autres."

Virginie Pfeiffer.

Enseignante en illustration à l'ESAVL ( Académie des Beaux-Arts de Liège ).

 

 

Posté par pfeiffervirginie à 16:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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